J’aimerais pouvoir mieux t’expliquer ce qui s’est passé dans ma tête,
au moins pour que tu puisses avancer plus sereinement. Je ne suis pas
sûr d’arriver à répondre à toutes les questions que tu te poses, parce
que je ne suis pas certain d’en avoir moi-même toutes les réponses.
Mais je vais essayer de te partager tout ce que je crois avoir compris,
en espérant que ça puisse t’aider.
Avant toute chose, je voudrais te présenter une fois de plus mes
excuses, même si je sais qu’elles ne peuvent pas effacer ce qui s’est
passé. Je veux surtout te redire qu’à aucun moment je n’ai voulu te
faire du mal. Ni au début de notre relation, lorsque je te maintenais
dans un entre-deux assez malsain, ni avec Lou, ni dans toutes les autres
situations où j’ai pu te blesser. Je sais bien que mes intentions ne
changent rien aux conséquences de mes actes, mais c’est important pour
moi que tu le saches.
Au début de notre relation, je préférais ne pas trop me poser de
questions, probablement pour éviter d’avoir à m’engager réellement. Je
comprends aujourd’hui à quel point cette situation a dû être difficile
pour toi et tous les efforts que tu as dû faire pour passer outre. Je
sais aussi que le déséquilibre que cela a créé s’est longtemps
répercuté sur notre relation, et je le regrette profondément.
Je n’ai pas vraiment de justification à te donner. J’étais immature,
assez égoïste et surtout incapable de regarder en face les conséquences
de mon comportement. J’ai fini par en prendre conscience et par essayer
de changer ma manière d’être avec toi. J’espère d’ailleurs que tu as
ressenti cette évolution et que notre relation est devenue plus facile
à vivre par la suite.
Je comprends maintenant, et depuis quelque temps déjà, ce que cette
période t’a coûté en efforts et en compromis. Et je te remercie
sincèrement d’avoir fait tout ça pour nous.
Pour Lou, maintenant.
Je sais à quel point avoir des explications est important pour toi.
J’espère que tu me croiras quand je te dis que je vais faire de mon
mieux pour t’en donner, même si je sais déjà qu’elles ne seront
probablement pas aussi complètes que tu le voudrais.
On arrivait à un moment charnière de notre relation. Un avenir
commençait à se dessiner et, pour une raison que je ne m’explique pas
encore complètement, ça m’effrayait. La peur de l’engagement, une
certaine lâcheté, peut-être un peu des deux.
En parallèle, on s’installait dans une routine qui ne me stimulait plus
autant que je l’aurais imaginé. J’ai compris bien trop tard que ce qui
me manquait venait surtout de mon propre manque d’investissement. À
cette époque, notre relation reposait énormément sur notre quotidien et
sur tous les efforts que tu faisais pour le rendre agréable, alors que,
de mon côté, je n’y apportais pas grand-chose.
J’en avais parlé avec certains de mes amis, notamment Maé et Louise,
qui me disaient que notre relation ne correspondait pas vraiment à ce
qu’elles imaginaient pour moi. Je tiens à préciser que je ne leur
rejette absolument pas la faute. Elles me donnaient simplement leur
avis extérieur, à partir de ce qu’elles voyaient et de ce que je leur
racontais. Et cette image était forcément influencée par ma propre
manière de vivre notre relation, et surtout par mon manque
d’investissement.
À la fin de l’année, notamment à Ceillac, je me suis rapproché de Lou,
sans vraiment comprendre pourquoi ni ce que je cherchais. Quand j’ai
réalisé que ce rapprochement devenait problématique, notamment grâce au
regard extérieur de Louise et Maé, j’ai pris mes distances avec elle.
Je t’ai ensuite appelée pour t’expliquer ce qui se passait et nous nous
sommes séparés.
À ce moment-là, j’étais persuadé que c’était la meilleure décision. Je
pensais que notre relation arrivait à sa fin et qu’il valait mieux ne
pas faire traîner les choses. Je savais que ça allait te faire
énormément de mal, mais j’étais convaincu qu’il était préférable de ne
pas prolonger une situation dans laquelle je ne me projetais plus. Je
pensais aussi trouver ailleurs ce qui me manquait.
En prenant cette décision, je me suis mis beaucoup de monde à dos, à
commencer par ma sœur (ce qui est suffisamment rare pour être
souligné). Titouan et Léo ne comprenaient pas vraiment non plus ce que
je faisais. Pourtant, j’étais persuadé à 200 % de prendre la bonne
décision.
C’est probablement ce qui me perturbe le plus aujourd’hui.
Avec du recul, j’ai l’impression qu’à cette période, je n’étais plus
vraiment aligné avec moi-même. Je prenais des décisions dont j’étais
absolument convaincu, mais qui allaient finalement à l’encontre de mes
valeurs, de ce que je voulais réellement et de la personne que
j’aspirais à devenir.
C’est assez difficile à expliquer, parce qu’il y a quelque chose de
contradictoire dans le fait d’être aussi sûr de soi et de se rendre
compte, quelques mois plus tard, qu’on faisait complètement fausse
route.
Je crois que c’est aussi pour ça que mes proches avaient autant de mal
à comprendre mes choix. Ils voyaient peut-être des contradictions que
je n’étais pas capable de voir moi-même.
Et je ne dis pas tout ça pour me dédouaner de mes responsabilités,
comme si cette période de désalignement faisait de moi quelqu’un
d’autre. C’était bien moi qui prenais ces décisions, j’en suis le seul
responsable et je sais à quel point elles t’ont blessée.
C’est justement parce que je ne peux pas revenir dessus que je les
regrette autant aujourd’hui.
À la fin de l’été, en rentrant à Paris, j’ai eu l’impression de tomber
de sept étages.
J’ai commencé à réaliser l’enchaînement d’erreurs que j’avais commises.
Que ce que j’étais allé chercher ailleurs n’était absolument pas ce que
je voulais. Que notre relation, avec quelques ajustements qui devaient
surtout venir de moi, correspondait au contraire à tout ce que je
recherchais.
Et j’ai aussi commencé à prendre conscience du mal que je t’avais fait.
On s’est revus, on a beaucoup parlé pendant les semaines qui ont suivi,
et je ne te remercierai jamais assez de m’avoir donné une nouvelle
chance malgré les immenses erreurs que j’avais commises et la douleur
qu’elles avaient provoquée chez toi.
À partir de là, j’ai profondément changé ma manière de vivre notre
relation. Et je voudrais que tu saches que je n’ai pas fait tous ces
efforts simplement pour te reconquérir, mais parce que j’avais enfin
compris ce que je voulais. Je voulais vivre pleinement cette relation,
celle que j’aurais dû être capable de construire avec toi depuis le
début.
Je pense que, pendant les premiers mois, si ça a fonctionné, c’est
surtout grâce à tous les efforts que tu faisais pour surmonter ce qui
s’était passé.
Le problème, c’est que je ne m’en rendais pas vraiment compte.
Je pensais assez naïvement que tu étais passée à autre chose, que tu
m’avais pardonné parce que tu me l’avais dit. Sans comprendre que cette
histoire continuait de te peser, qu’elle pouvait revenir dans ton
quotidien et que tu devais encore fournir énormément d’efforts pour
vivre notre relation sereinement.
Avec le recul, j’aurais aimé qu’on arrive à en parler davantage. Qu’on
puisse mettre des mots sur ce que tu ressentais avant que ça ne devienne
trop lourd. Mais je sais aussi que c’était à moi d’être plus attentif,
de chercher à comprendre ce que tu traversais et de créer un cadre dans
lequel tu aurais pu m’en parler librement.
J’ai longtemps cru que parce qu’on avançait ensemble, la blessure
guérissait forcément avec le temps. Je comprends aujourd’hui que ce
n’était pas aussi simple.
Et je regrette profondément de ne pas l’avoir compris plus tôt.
Je ne te raconte pas tout ça pour remuer le couteau dans la plaie, ni
pour me justifier ou me victimiser. J’essaie simplement de t’expliquer
ce qui s’est passé dans ma tête, avec les éléments que j’ai aujourd’hui.
Ce sont probablement des choses que tu sais déjà, parfois même mieux
que moi, mais j’espère que le fait de te partager mon point de vue
pourra t’apporter quelques réponses.
Cette situation a duré longtemps, et je te remercie pour tous les
efforts que tu as fournis, y compris ceux que je n’ai pas su voir.
Quand j’ai commencé à sentir que tu t’éloignais de moi, je suis tombé
de haut. Je ne comprenais pas vraiment ce qui se passait, jusqu’à ce
qu’on en parle et que tu m’expliques que tu pensais qu’il fallait qu’on
se sépare.
C’est à ce moment-là que j’ai commencé à découvrir la face immergée de
l’iceberg. Tout ce que mes actions continuaient de te coûter et que je
n’avais pas suffisamment mesuré jusque-là.
Mais je ne voulais pas m’arrêter là. J’avais l’impression de ne pas
avoir encore donné assez à cette relation, qui était devenue si
importante pour moi. Je ne voulais pas qu’on abandonne quelque chose
d’aussi précieux sans avoir essayé tout ce qu’on pouvait.
Je t’ai alors partagé toutes mes réflexions, toutes mes idées et mes
projets pour essayer de sauver notre relation.
Je me souviens encore de cet appel, en plein milieu de la nuit, à
Ceillac.
À la fin, j’étais soulagé. Tellement soulagé. Je nous imaginais déjà
passer les dix prochaines années ensemble, après avoir surmonté l’une
des épreuves les plus difficiles de notre histoire. Je me disais que
tout ce qu’on venait de traverser allait finalement nous rendre encore
plus solides, que notre relation allait devenir du béton armé (oui je
suis architecte je fais référence à des matériaux).
J’étais sincèrement convaincu qu’on allait y arriver. Que je pourrais
t’aider à surmonter cette histoire et qu’avec le temps, notre amour
finirait par être plus fort que les blessures du passé.
Je sais que tu partageais aussi cet espoir à ce moment-là, et je ne te
reproche absolument pas de ne pas avoir réussi à passer outre. Je sais à
quel point tu l’as voulu et tous les efforts que tu as faits pour nous
donner cette chance.
C’est dur de réaliser aujourd’hui que j’ai perdu ce qui comptait le
plus pour moi à cause de décisions que j’ai prises, que je regrette
profondément et que j’ai encore parfois du mal à comprendre.
Je ne peux même pas imaginer tout ce que tu as ressenti pendant ces
dernières années. Je sais que je ne pourrai jamais mesurer entièrement
les conséquences que mes actes ont eues sur toi, et j’en serai toujours
profondément désolé.
Tu m’as dit que tu ne me détesterais pas, et j’espère du plus profond
de moi que ça ne changera pas avec le temps. J’espère aussi qu’un jour
tu arriveras à me pardonner complètement. Mais si ce n’est pas le cas,
je le comprendrai.
Je voudrais simplement que tu saches à quel point je regrette de
t’avoir fait vivre tout ça, et à quel point je suis reconnaissant que
tu aies malgré tout continué à croire en nous aussi longtemps.
Merci mille fois pour tout ce que tu as fait pour notre relation.
Je sais que cette partie n’est probablement pas facile à lire.
Alors prends peut-être un peu de temps avant de continuer, si tu en
ressens le besoin. Je n’ai pas envie que tu te sentes obligée de tout
lire d’une traite, surtout après avoir remué des souvenirs aussi
douloureux.
La suite sera un peu plus douce, promis.